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Tahir de la Nive

Communiqué N°11 du 12 janvier 2020. REMEMBER EAGLE CLAW !

Communiqué N°11 du 12 janvier 2020.  REMEMBER EAGLE CLAW !

Communiqué N°11 du 12 janvier 2020.

REMEMBER EAGLE CLAW !

Nous avons déjà signalé le danger pour la paix mondiale constitué par la dégradation de la puissance étatsunienne, doublée présentement par celle du pouvoir même de Donald Trump. Nous avons notamment comparé la situation des USA aujourd’hui à celle dans laquelle le gouvernement Roosevelt avait mis le Japon en 1941, notamment par l’embargo sur le pétrole (voir communiqué N°10); si bien qu’à la veille de Pearl-Harbor tant à Tokyo qu’à Washington on se livrait à une course contre la montre : ici, déclarer et gagner la guerre avant que ne se fussent épuisées les ressources énergétiques, là, forcer le Japon à donner aux USA le prétexte d’entrer en guerre afin de secourir Staline in extremis. Les USA se retrouvent aujourd’hui face au même ‘now or never’ imposé par leur incapacité de garder leur avance dans la course aux armements menée par la Russie, la Chine, l’Iran, la Corée du Nord… Au sein même de cette crise, il y a celle du gouvernement Trump, le président sans doute le plus haï de l’histoire des USA ; dans le cas de figure d’un chef d’Etat qui par souci de ses ambitions politiques privées n’hésite pas à entraîner son pays et sans doute la planète dans la guerre, ceci d’autant plus que les USA ne peuvent croître et survivre que par la guerre, notamment celle opposant des pays tiers. C’est là le fondement-même de la géostratégie étatsunienne, si bien que tout facteur de paix dans le monde lui est par nature contraire.

C’est là une considération qui jette une lumière particulière sur l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani. Ce 3 janvier, il devait se réunir avec Adil Abdul-Mahdi, premier ministre irakien, et un diplomate séoudien afin de poser le premier jalon d’une politique d’apaisement régional. Voilà qui déjà suffisait à irriter la vigilance, éventuellement provoquer une intervention étatsunienne. L’Irakien, naïvement sans doute, fit part de cette réunion à Donald Trump, lui facilitant la localisation du général iranien. Cet assassinat vient quelques jours après l’annonce par le commandement taliban de son refus de déposer les armes et l’attentat de Mogadiscio qui fit 81 morts, revendiqué par Al-Shabaab, ceux qui frappent les pays d’Asie centrale et d’Afrique subsaharienne ne se comptant plus. Qassem Soleimani, commandant de la force Al-Qods du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique d'Iran, et le commandant de la milice irakienne Abu Mahdi Al-Muhandis étaient justement passés maîtres dans la lutte antiterroriste menée contre Daesh et ses ramifications. Leur assassinat s’inscrit donc dans le soutien US au terrorisme ; un soutien jamais démenti à l’IRA, à l’ETA, au PKK, l’affaire Gladio et nous en passons, tout ceci avant qu’en 1988 un nouvel Evil empire dût être créé, prétendu islamique, avec pour coup d’envoi la conspiration Rushdie, israélo-séoudienne. Le lien terrorisme-USA a d’ailleurs été incidemment relevé par Der Spiegel, suite à la menace de D. Trump de bombarder des sites culturaux iraniens et dont l’exécution, selon le magazine allemand, ravalerait les dirigeants US au niveau des Taliban. Qui ne se souvient du dynamitage des Bouddhas de Bamiyan et des mosquées historiques de Tombouctou, du pillage et laminage des musées du Baghdad et Moussol ; autant de trésors du patrimoine de l’humanité ? Qui, de la génération antérieure, ne se souvient encore du bombardement systématique des villes d’Europe ? Il n’y a plus de porcelaine à Dresde !  Ni de ville historique à Saint-Malo. Les terroristes wahabites ne font jamais que poursuivre la tâche de leurs aînés rooseveltiens, à la remorque du bulldozer des peuples et des cultures qui a nom ‘Impérialisme US’. La qualification iranienne du gouvernement US d’Etat terroriste n’est donc pas une figure de style mais une réalité expérimentée par pratiquement toute l’humanité.

La riposte iranienne a démontré la capacité de la république islamique de frapper avec précision et mesure ; celle de Donald Trump signifie qu’au Pentagone on a compris le message iranien et tenu compte de cette capacité. Par ailleurs, l’assassinat du général iranien a été décidé en toute illégalité, sans l’approbation du Congrès, les instances gouvernementales étatsuniennes passant la muselière à leur président afin de prévenir toute nouvelle crise de délire belliciste. Il est certain que celle-ci n’a fait que nuire à l’image de Donald Trump urbi et orbi. Ainsi donc, à en croire la Maison Blanche, celle-ci renoncerait à la confrontation armée mais entend étouffer la république islamique par l’embargo économique et le blocus logistique ; ceci nous rappelant à nouveau le contexte de Pearl-Harbor : forcer l’adversaire à frapper le premier, à définir the day of infamy qui verra basculer l’opinion américaine dans le bellicisme, l’opinion mondiale en faveur des USA agressés. Il est toutefois prévisible que l’autorité iranienne déjouera ce piège en agissant à nouveau avec mesure et précision ; comme elle vient de le faire, avec courage et honnêteté, en admettant son erreur dans la destruction de l’avion de ligne ukrainien ; erreur tragique résultant de la crise créée par Donald Trump.

Simultanément à cette crise, les présidents Poutine et Erdogan inauguraient ensemble le gazoduc Turkstream, opposant au bellicisme trumpien la coopération dans une œuvre de paix et de développement. Trois jours plus tard, le 11 janvier, le président russe recevait au Kremlin Angela Merkel. Déjà fin décembre 2018, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, avait signifié le refus de son gouvernement d’un déploiement nucléaire de l’OTAN sur le territoire fédéral. Apparemment, à la différence de celles de Ramstein, retirées, la vingtaine de bombes thermonucléaires B61 est encore présente sur la base aérienne de Büchel. Leur usage a toutefois ceci de particulier qu’il doit être approuvé à la fois à Berlin et à Washington ; situation qui contredit celle de la base turque d’Incirlik. Le président Erdogan considère que les 50 bombes B61 placées là sous la garde de l’US Army, sont propriété turque et interdit leur retrait. La base fut accusée d’appui au putsch de juillet 2016, attribué à l’organisation Gülen, donc à la CIA, assiégée par les patriotes turcs après que le gouvernement d’Ankara lui eût coupé l’électricité. Aujourd’hui, il ne se trouve aucun avion en Turquie, ni turc ni américain, capable de transporter ces bombes. Dans le même contexte, on se demande à Washington que faire des F35 à l’origine destinés à l’aviation turque… d’autant plus que 937 pièces de l’appareil sont, précisément, fabriquées en Turquie.

Le gazoduc Turkstream n’est sans doute pas étranger aux grandes manœuvres navales présidées, le 9 janvier, par le président Poutine dans la Mer Noire. Des tirs de missiles de croisière Kalibr et de missiles balistiques hypersoniques Kinjal, capables de frapper des cibles terrestres et navales à plus de 2 000 kilomètres, ont eu lieu depuis le croiseur lance-missiles Maréchal Oustinov. Une trentaine de navires, une quarantaine d’avions dont des bombardiers stratégiques Tu-95MS, des avions de combat Su-30SM et des bombardiers Su-24M, y ont pris part.

Lors des rencontres russo-turque et germano-russe les problèmes qui affectent le Proche-Orient ont été évoqués, notamment la guerre civile qui ravage la Libye. Le 5 janvier, un raid aérien avait causé la mort d’une trentaine de cadets de l’académie militaire de Tripoli. Le président Erdogan a décidé l’envoi de troupes turques dans cet ancien territoire ottoman. La Turquie se hausse au rang des pays qui ont cessé de subir la politique internationale pour la faire.  

Depuis plusieurs mois, on assiste aux rapprochements Moscou-Ankara et Moscou-Berlin. On peut s’interroger sur la nature du second, à savoir si elle est circonstanciée ou bien si elle prend ses racines dans la géopolitique allemande définie par Clausewitz, suivie par Bismarck. Cette dernière était conçue comme un système de défense contre les puissances atlantiques France et Royaume-Uni, entrant toutefois dans la stratégie indirecte des Etats-Unis. Ainsi, comme au temps du Plan Schlieffen et du Blitzkrieg, ces deux pays, victimes de l’ineptie ou de la trahison de leurs dirigeants, se verraient pris en sandwich entre leur ennemi, selon la définition clausewitzienne, d’outre-Atlantique et le bloc eurasiatique renaissant. La démarche séoudienne va toutefois dans le même sens : la centrifugité des alliés de Washington. L’assassinat du général Soleimani n’a pu que reporter l’ébauche du changement de camp de l’Arabie Séoudite, changement que nous verrons se réaliser dans un avenir très proche. Les stratèges yankee en sont bien conscients et il est probable que leur présent bellicisme trouve là sa raison : attaquer avant que l’Arabie Séoudite et avec elle les pays arabes de la région ne désertent le camp de Washington, bien incapable de défendre leurs installations pétrolières. Gageons que la guerre, si guerre il y a, ne fera qu’accélérer le dit changement de camp.      

Le gazoduc Turkstream, quant à lui, s’inscrit dans le cadre de la renaissance de l’Eurasie qui se concrétise autour de la nouvelle route de la soie conçue à Beijing, qui reliera Shanghai à Dublin en passant par Urumqui : il faut donc prévoir des tentatives d’attiser le séparatisme ouïghour. Les rapports sur les émeutes de Hong-Kong et de Catalogne ont ceci en commun : les émeutiers sont encadrés par des professionnels de l’insurrection… à la différence des Gilets Jaunes. Les déstabilisateurs de l’Espagne jouissent de la manne sorosienne, ceux de la Chine d’une portion non-négligeable des 738 milliards de dollars prévus par le 2020 National Defense Authorization Act, signé le 20 Décembre. Le porte-parole du ministère chinois de la Défense, Wu Qian, a énergiquement dénoncé l’ingérence américaine dans les affaires intérieures chinoises, notamment l’appui au terrorisme dans le Xinkiang et à Hongkong, à l’armement de Taïwan.

Le corps des US Marines va être doté, pour quelque $48 millions, du missile sol-mer (Naval Strike Missile (NSM)) Raytheon, d’une portée de 100 miles, produit par Kongsberg Defence and Aerospace en Norvège. Il s’agit d’un missile destiné à détruire des unités navales, lancé du sol. Dotation certainement pas étrangère à l’actuelle situation dans le Golfe.  

Alors que l’évidence est chaque jour plus manifeste de l’incapacité stratégique étatsunienne, on peut s’attendre à ce que le projet sioniste prenne corps tant en Catalogne qu’en Patagonie, surtout dans cette dernière dans la mesure où il s’inscrit dans la géostratégie US qui semble plus prometteuse en Amérique latine qu’au Proche-Orient ou en Afrique. Le projet chinois mentionné implique l’installation d’une base militaire chinoise à Djibouti, l’implantation militaire chinoise en Afrique ayant pour terreau l’implantation économique en voie d’achèvement ; réalité qui semble avoir réglé leur compte aux ambitions africaines de Washington.

Apparemment, l’attaque iranienne a produit l’effet recherché par les dirigeants islamiques : éviter l’effusion de sang tout en faisant une démonstration de la capacité iranienne de frapper là et quand on le veut à Téhéran.  La puissance propre de la R. I. d’Iran n’est pas toutefois son principal atout. Le principal facteur de dissuasion de la démence belliciste trumpienne est son alliance essentiellement avec la Chine et avec la Russie. Toutes deux, pour être encore inférieures aux USA quantitativement, lui sont toutefois supérieures qualitativement. En matière de guerre électronique, la Russie est le N°1 mondial. Il est hasardeux de dire qui la talonne mais une chose est certaine : les USA perdent chaque jour de leur avance, si elle existe encore, face à l’Iran, à la Chine, à la Corée, à l’Inde, au Pakistan… Sur l’échiquier stratégique mondial, la Russie sécurise et avance ses pièces, notamment dans l’Arctique et dans la Baltique. C’est ainsi que la flotte de la Baltique va recevoir les premiers hélicoptères Ka-27M. Doté d'un puissant sonar immergé, le Ka-27M est capable de détecter, suivre et détruire les sous-marins. Par ailleurs, les bases militaires russes de Kaliningrad et de l’Arctique ont reçu des systèmes S-400 et Pantsir, cependant que prochainement les systèmes S-300 seront remplacés par des S-350 Vityaz, beaucoup plus performants, notamment contre les missiles de croisière.

C’est dans un excellent esprit de camaraderie que s‘est déroulé à partir du 7 janvier, au large de Karachi, l’exercice Sea Guardians 2020 regroupant des unités navales chinoises et pakistanaises. Il s’inscrit dans la coopération militaire toujours plus étroite entre la Chine et le Pakistan.

L’opération Eagle Claw d’avril 1980, connue comme opération Tabas en Iran, laissa une marque indélébile dans le psychisme collectif étatsunien, plus profonde, croyons-nous, que l’évacuation du Vietnam. Cette dernière pouvait en effet s’attribuer à des erreurs humaines tandis que le désastre d’Eagle Claw s’entoure d’un halo ‘surnaturel’ : comme à Badr, une tempête de sable se leva, entraînant des carambolages entre les appareils, la mort de huit militaires américains. Il est probable que ceux que Donald Trump enverra à un nouveau désastre auront Eagle Claw en mémoire.              

 

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