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Tahir de la Nive

Dossiet N°2 27 Juin 2019 MUHAMMAD DANS L’ÉVANGILE DE BARNABÉ Professeur Omar Amin Claudio Mutti.

Professeur Omar Amin Claudio MUTTI

Professeur Omar Amin Claudio MUTTI

Il s'agit ici de la préface du Professeur Omar Amin Claudio Mutti à la traduction française de l'Evangile de Barnabé, publié par Alcazar Publishing.  L'ouvrage peut s'acquérir à la FNAC ou à la librairie SANA, 116 rue Jean-Pierre Timbaud à Paris.

MUHAMMAD DANS L’ÉVANGILE DE BARNABÉ

Professeur Omar Amin Claudio Mutti.

 

L’Évangile qui porte le nom de Barnabé n’apparaît jamais dans les recueils dits « apocryphes» ; les seules éditions existant en Occident étant celle de 1907, qui contient, en regard de la version italienne originelle, une traduction en langue anglaise (1), et celle de 1975, traduction en français par un jeune chercheur italien (2). Nous avons parlé d’une version italienne originelle: il s’agit en effet d’un manuscrit unique, en dialecte vénitien, remontant à la deuxième moitié du XVIe siècle et accompagné de gloses en arabe.

Il s’agit d’un manuscrit de cinq cents pages de petit format in-4° conservé à la Bibliothèque Nationale de Vienne.  Avant d’être acheté par cette dernière en 1738, le manuscrit avait appartenu au prince Eugène de Savoie qui l’avait, quant à lui, reçu en don de J.E. Cramer, chevalier du Roi de Prusse, en 1713. Il était auparavant passé par diverses mains depuis qu’un certain Frère Marino l’avait subtilisé dans la bibliothèque du Pape Sixte V (1585-1590). Ce fut vraisemblablement sous le règne de ce pape ou de son prédécesseur que fut effectuée, nous ne savons à partir de quelle langue, la version italienne.  L’Évangile de Barnabé était donc connu de la hiérarchie ecclésiastique depuis longtemps, puisque nous le trouvons mentionné et proscrit par plusieurs décrets dont les premiers remontent au IVe siècle, c’est-à-dire à une époque antérieure à 478, année où furent découverts les restes du saint, accompagnés d’une copie de l’Évangile qui porte son nom.

Comme le dit Henry Corbin, l’Évangile de Barnabé « est en quelque sorte l’ « Évangile de l’Islam » (3) ; non seulement, observe-t-il,  parce qu’avec l’Islam se prolonge et s’accomplit cette idée du Verus Propheta et de ses manifestations successives,  essentielle au christianisme des origines dont l’Évangile de Barnabé est un document fondamental, mais aussi parce que, ajouterons-nous, la figure et la vie de Jésus telles qu’elles sont décrites par cet Évangile sont conformes à la christologie coranique.  On pourrait ajouter que l’Évangile de Barnabé est 1’«Évangile de l’Islam» du fait qu’il se fonde sur l’annonce christique de l’avènement futur de Muhammad d’une façon beaucoup plus complète que ne le font les autres Évangiles, notamment celui de Jean.  C’est à cet aspect de l’Évangile de Barnabé que nous consacrons ces lignes.

Dans les discours de Jésus rapportés par l’Évangile de Barnabé, Muhammad, 1’« Envoyé de Dieu est celui qui viendra « sceller » la série des prophètes et donner tout leur sens aux paroles de ses prédécesseurs.  Chacun des prophètes venus avant lui, Jésus y compris, a assumé une fonction qui ne concerne qu’une communauté particulière; la fonction de Muhammad concernera, en revanche, l’ensemble du genre humain car il apportera la miséricorde de Dieu et le salut au monde entier.  Avec l’avènement de Muhammad, Satan perdra son empire car la religion de l’Envoyé de Dieu se répandra sur toute la terre et n’en disparaîtra jamais ».

Dans l’Évangile de Barnabé, le titre de « Messie » (hébreu Meshieh, grec Christós) qui n’est attribué qu’à Jésus, que ce soit par le Christianisme ou par l’Islam ; l’est aussi à Muhammad.  Ceci pose un problème difficile à résoudre mais dont les termes se trouvent parfois éclairés par certains passages de ce même Évangile de Barnabé, tels ceux-ci : « Le Messie fut créé avant moi et il viendra après moi» (XLII), « Dieu créa avant toutes choses l’âme de Son Messie » (XLIII). Le terme « Messie » semble ainsi utilisé, dans ce contexte, pour désigner ce principe prophétique dont les prophètes historiquement antérieurs à Muhammad constituaient les manifestations partielles, alors que Muhammad en est l’épiphanie plénière.  En tant que parfaite christophanie – c’est-à-dire manifestation récapitulative d’un principe qui pourrait être appelé aussi bien Christus aeternus que Haqîqa muhammadiyya – l’Envoyé de Dieu annoncé par Jésus peut être qualifié de « Messie » sans que, bien entendu, ceci remette le moins du monde en question la qualité « messianique» (i.e. « christique ») de Jésus. Plus simplement, « Messie » pourrait aussi être, dans la version italienne du XVIe siècle, la traduction, soit d’un terme pratiquement synonyme de « Sauveur », soit d’un mot désignant, dans le texte original, le caractère définitif et résolutif de la fonction de Muhammad (6).

L’avènement de Muhammad fut promis par Dieu à certains des prophètes qui le précédèrent.  Une telle promesse fut faite, antérieurement aux autres, à Adam.  S’étant mis sur ses pieds dès qu’il eut reçu de Dieu le souffle vital, « Adam vit dans le ciel une phrase ayant la splendeur du soleil et disant « « Il y a un seul Dieu et Muhammad est l’Envoyé de Dieu »» (XXXIV).  A la demande d’Adam concernant l’Envoyé de Dieu, Dieu répondit « Celui dont tu as vu le nom est ton fils qui viendra au monde dans de nombreuses années et sera Mon Envoyé, celui pour lequel j’ai créé toutes choses; sa venue apportera la lumière au monde; son âme fut entourée d’une splendeur céleste soixante mille ans avant que je ne crée le monde » (XXXIX).  Plus tard, à la demande expresse d’Adam, «Dieu lui inscrivit cette phrase sur les pouces : sur l’ongle du pouce droit, il est dit: « Il y a un seul Dieu » et sur l’ongle du pouce gauche : « Muhammad est l’Envoyé de Dieu ».  Puis, avec une affection paternelle, le premier homme baisa ces paroles, se frotta les yeux et dit « Bienheureux le jour où tu viendras au monde » » (XXXIX). Étant sorti du jardin, Adam vit à nouveau cette phrase: « Sur l’entrée il vit écrit « Il y a un seul Dieu et Muhammad est l’Envoyé de Dieu ».  Aussi dit-il en pleurant : « Plaise à Dieu, ô mon fils, que tu viennes vite nous tirer de la misère » » (XLI).

Puis ce fut Abraham qui reçut de Dieu la promesse de l’avènement de Muhammad: l’Envoyé de Dieu naîtrait de la race de son fils Ismaël. (7)

La promesse fut ensuite faite à Moïse.  Un scribe pieux dit à Jésus qu’il avait lu sur une copie non altérée du Pentateuque que Moïse avait prié Dieu de manifester la splendeur de Sa gloire et qu’à une telle prière «Dieu lui montra Son Envoyé entre les bras d’Ismaël et Ismaël entre les bras d’Abraham.  A côté d’Ismaël se tenait Isaac, dans les bras duquel était un enfant [Jésus] qui montrait de son doigt l’Envoyé de Dieu en disant « Voici celui pour lequel Dieu a créé toutes choses » (CXC).

Jésus parle plus d’une fois des signes qui accompagneront l’avènement de l’Envoyé de Dieu et du sens de la mission de celui-ci : « Il viendra et il aura pouvoir sur les impies ; il détruira l’idolâtrie si bien qu’il confondra Satan » (XLIII). « Il viendra du Sud, il aura pouvoir et détruira les idoles avec les idolâtres ; il enlèvera à Satan le pouvoir que celui-ci a sur les hommes» (XCVI). « Il ne viendra pas de votre temps, mais des années après vous, lorsque mon Évangile aura été détruit, au point qu’il y aura à grande peine trente fidèles sur toute la terre.  En ce temps-là, Dieu aura pitié du monde et Il enverra son Messager, sa tête surmontée d’un nuage blanc, de sorte qu’il sera reconnu comme un élu de Dieu et manifesté au monde par Dieu.  Il viendra doté de grands pouvoirs contre les impies et il détruira l’idolâtrie sur la terre.  Et ceci me comble de joie car grâce à lui notre Dieu sera connu et glorifié et l’on saura que j’ai dit la vérité.  Il accomplira la vengeance sur ceux qui diront que je suis plus qu’un homme.  En vérité, je vous le dis: la lune lui administrera le sommeil durant son enfance et lorsqu’il sera grand, il la prendra entre ses mains.  Que le monde prenne garde de ne pas le rejeter, car il tuera les idolâtres: bien plus que n’en tuèrent Moïse, le serviteur de Dieu, et Josué, qui n’épargna pas leur cité et tua leurs enfants, car sur une vieille blessure, on applique le fer rouge. Il viendra avec une vérité plus évidente que celle de tous les autres prophètes et il sera réprouvé par celui qui se sert malignement du monde.  Les tours de la ville de nos pères se salueront mutuellement de joie; et quand on verra l’idolâtrie mordre la poussière et admettre que je suis un homme comme les autres, alors en vérité je vous le dis, l’Envoyé de Dieu sera arrivé» (LXXII). «Il accomplira la vengeance sur ceux qui diront que je suis plus qu’un homme », dit donc Jésus en parlant des signes qui annonceront l’Envoyé de Dieu.  En effet, ce dernier se présentera, vis-à-vis de Jésus, dans une relation particulière car il réparera le tort qui lui a été fait par ceux qui l’ont proclamé « Dieu» ou «Fils de Dieu ».  « Ma consolation, dit Jésus, c’est l’avènement de l’Envoyé, lequel détruira toute opinion mensongère à mon égard» (XCVII).  Et le jour du Jugement, devant le trône de Dieu, Jésus parlera ainsi: « Seigneur, le monde entier, trompé par Satan, a dit que je suis Ton fils et Ton égal, mais le Livre que Tu m’as donné [l’Évangile originel et non altéré] disait au contraire que je suis Ton serviteur ; et ce Livre atteste ce que Ton Envoyé affirme» (LV). Muhammad, de son côté, déclarera que les paroles de Jésus sont confirmées par l’Écriture qui lui fut révélée, c’est-à-dire le Coran: « Ainsi parle le Livre que Tu m’as donné, ô Seigneur» (LV).

Un thème récurrent de l’Évangile de Barnabé est celui de la priorité ontologique de Muhammad vis-à-vis du reste de la manifestation universelle, priorité qui fait de l’Envoyé de Dieu la finalité ultime de la création divine.  Nous avons vu plus haut comment Adam apprit de Dieu que l’âme de Muhammad fut placée en une splendeur céleste soixante mille ans avant le Fiat; et nous avons également vu comment Jésus déclarait que le « Messie » fut créé avant lui et viendra après lui.  Ceci est répété ailleurs, lorsque Jésus affirme que « Dieu créa avant toutes choses l’âme de Son Envoyé, pour lequel Il décida de créer tout le reste» (XLIII).  Plus loin, s’adressant au prêtre d’Hérode, Jésus cite ces mots que Dieu adressa à Muhammad lorsqu’Il créa son âme : « Attends, ô Muhammad, car pour toi je créerai le paradis, le monde et une grande multitude de créatures» (XCVII).  Ici, le thème de l’antériorité ontologique de Muhammad exprime aussi l’idée, qui lui est étroitement liée, de la création par amour de Muhammad, idée que nous trouvons exprimée en d’autres endroits de l’Évangile de Barnabé (8) et que nous voyons répétée dans le Hadîth qudsî dans lequel Dieu dit à Muhammad :  « Si ce n’avait été pour toi, Je n’eusse point créé ni les Cieux, ni la Terre ».

Les Cieux et la Terre bénéficient également de la céleste splendeur en laquelle Dieu avait placé l’âme de Son Envoyé; et cette splendeur, « cette masse primordiale de lumière constituant l’essence du Verus Propheta, de l’Adam métaphysique » (9), n’est autre que la « lumière de Muhammad» (an­nûr al-muhammadî) à laquelle fait allusion un autre célèbre hadîth : « La première chose qu’Allah créa fut ma Lumière ».  A cet égard, le passage suivant de l’Évangile de Barnabé revêt un relief significatif: « C’est pourquoi je vous dis que l’Envoyé de Dieu est une splendeur qui donnera la joie à presque toute la création, parce qu’il est orné de l’esprit d’intelligence et de conseil, de l’esprit de sagesse et de puissance, de l’esprit de crainte et d’amour, de prudence et de tempérance; il est orné de l’esprit de charité et de miséricorde, de justice et de piété, de courtoisie et de patience, qu’il a reçu de Dieu trois fois plus que Dieu n’en a donné à l’ensemble de Ses créatures.  Bienheureux le temps où il viendra en ce monde! Croyez-moi, car je l’ai vu et je lui ai rendu hommage, comme l’ont vu tous les prophètes; voyant celle de son esprit, ils ont reçu de Dieu la prophétie.  Et quand je le vis, mon âme fut comblée de consolation et je dis : « Ô Muhammad, que Dieu soit avec moi et me rende digne de dénouer les lanières de tes sandales, car en obtenant cela, je serai un grand prophète et un saint de Dieu» (XLIV). Reprenant les paroles dites à son intention par Jean le Baptiste, Jésus apparaît ici dans toute son évidence de précurseur de l’ultime christophanie, au sens que nous avons donné plus haut à ce mot.

Cet aspect de la fonction de Jésus dans l’Évangile de Barnabé – comme on peut le voir au travers des extraits que nous avons cités – a un tout autre relief que celui que lui donne l’Évangile de Jean, où les passages concernant le « Paraclet » constituent cependant une annonce parfaitement claire de l’accomplissement ultérieur du cycle prophétique. Dans l’Evangile de Barnabé, l’insistance sur le rapport Jésus – Muhammad est fondamentale, au point que cet Évangile qui véhicule par ailleurs une christologie conforme à celle du Coran et, de façon plus générale, une doctrine conforme à celle de l’Islam – nous apparaît comme un compte rendu essentiellement fidèle au Message originel de Jésus, celui dont le Coran parle dans les termes suivants: « Nous avons envoyé à la suite des prophètes Jésus fils de Marie, pour confirmer ce qui était avant lui, de la Torah.  Nous lui avons donné l’Évangile où se trouvent une direction et une lumière pour confirmer ce qui était avant lui de la Torah; une direction et un avertissement destinés à ceux qui craignent Dieu» (V, 46) *.

 

 

۞

 

NOTES

 

(1) The Gospel of Barnabas, edited and translated from the Italian. In the Imperial Library by Lonsdale and Laura Ragg, Oxford, 1907. Cette édition disparut mystérieusement de la circulation, de sorte que seuls deux exemplaires restent accessibles: l’un au British Museum, l’autre à la Bibliothèque du Congrès, à Washington. La version anglaise vient récemment d’être réimprimée en Iran, au Centre d’Études Islamiques de Qom.

 

(2) Luigi Cirillo, L’Évangile de Barnabé, de la Bibliothèque Nationale de Vienne, 3 vol. ; thèse dactylographiée, Sorbonne, Paris, 1975.

 

(3) Henry Corbin, L’Évangile de Barnabé et la prophétologie islamique, Cahiers de l’Université Saint-Jean de Jérusalem », n° 3, Paris, 1977, p. 169 (Édition italienne: Al' Insegna dei Veltro, Parme, 1985).

 

(4) Cf. Claudio Mutti, Muhammad nel Vangelo di Giovanni, « Vie della Tradizione », n° 35, juillet-septembre 1979 ; repris dans « Il Messaggio della Rivoluzione Islamica », n° 2, 1982.

 

(5) « Tous les prophètes, qui sont 144 000 et que Dieu a envoyés dans le monde, ont parlé de façon obscure. Mais après moi viendra la splendeur de tous les prophètes et de tous les saints; Il répandra la lumière parmi l’obscurité de tout ce que les prophètes ont dit, car celui-ci est l’Envoyé de Dieu» Év. De Barnabé (XVII). « Tous les prophètes sont venus, excepté l’Envoyé de Dieu, qui viendra après moi car Dieu le veut ainsi et veut que je lui ouvre la voie» (XXXVI). « Je suis une voix qui crie par toute la Judée et crie: « Préparez la voie pour l’Envoyé du Seigneur – comme il est aussi écrit chez Isaïe » » (XLII). « En vérité, je vous dis que chacun des prophètes qui est venu a limité à une seule nation le signe de la miséricorde de Dieu [ ... ] Mais l’Envoyé de Dieu, lorsqu’il viendra, Dieu lui donnera d’être le sceau de Sa main, afin qu’il apporte salut et miséricorde à toutes les nations du monde qui accueilleront Sa doctrine» (XLIII). « En réalité, je suis envoyé à la maison d’Israël comme prophète de salut: mais après moi viendra le Messie, envoyé par Dieu au monde entier: c’est pour Lui que Dieu a fait le monde. Alors Dieu sera adoré dans le monde entier et il sera fait miséricorde de sorte que l’année du jubilé, qui maintenant a lieu tous les cent ans, le Messie la fera advenir tous les ans et en tous lieux» (LXXXII). « [ ... ] Il viendra après moi, et Dieu aura miséricorde pour le monde et Il enverra Son Messie [ ... ] Il apportera avec lui la miséricorde de Dieu pour la salut de ceux qui croiront en Lui: béni celui qui croira en ses paroles! (XCVI). « Sa religion se répandra et aura prise sur le monde entier [ ... ] Aucun véritable prophète envoyé par Dieu ne viendra après lui, mais viendront en grand nombre les faux prophètes et de ceci je m’afflige [ ... ] ils se cacheront derrière la façade de mon Évangile» [ ... ] « Dieu a dit « Les cieux et la terre disparaîtront, mais ta religion [ô Muhammad] ne disparaîtra jamais ». Muhammad est son « nom béni » (XCVII). « Quant à moi, je suis venu au monde pour ouvrir la voie à l’Envoyé de Dieu, qui apportera le salut au monde » (LXXII). « Seigneur [ ... ] envoie vite ton Messager, afin que Satan, Ton ennemi, perde son empire » (CCXII).

 

(6) Les passages où l’on évoque le Messie sont les suivants: « Je ne suis pas digne de dénouer les courroies des sandales de l’Envoyé de Dieu que vous appelez « Messie », lequel fut créé avant moi et viendra après moi. Il apportera les paroles de vérité et sa foi n’aura pas de fin » (XLII). [Dialogue entre la Samaritaine et Jésus] « Nous cherchons le Messie, quand il viendra, il nous enseignera – Tu sais, femme, que le Messie doit venir. ­ Oui, ô Seigneur – A ce que je vois, ô femme, tu es fidèle: c’est pourquoi sache que dans la religion du Messie, quiconque sera élu de Dieu sera sauvé ; aussi est-il nécessaire que tu sois informée de la venue du Messie – Ô Seigneur, peut être est-ce toi le Messie – En réalité, je suis envoyé à la maison d’Israël comme prophète de salut, etc. » [cf. note 5, où le passage se poursuit] (LXXXII). [Jésus aux disciples] «Cette nuit sera, aux temps du Messie, de l’Envoyé de Dieu, le jubilé annuel – jubilé qui actuellement se fête tous les cent ans» (LXXXIII). [Un prêtre d’Hérode parle : « Dans le livre de Moïse, il est écrit que notre Dieu doit nous envoyer un Messie, lequel viendra annoncer ce que Dieu veut et apportera au monde la bénédiction de Dieu. C’est pourquoi je te demande: « Dis la vérité, es-tu le Messie de Dieu que nous attendons ? » [Jésus répond :] « Je ne suis pas lui, car il a été créé avant moi et viendra après moi » [ ... ] « Tu dois nous dire de quelle façon viendra le Messie.» « Je ne suis pas le Messie que tous les peuples de la terre attendent» (XCVI). [Le prêtre d’Hérode :] « Comment s’appellera le Messie ? » « Le nom du Messie est merveilleux, car Dieu lui-même le lui a donné quand Il a créé son âme et l’a placée en une splendeur céleste [ ... ]. Muhammad est son nom béni» (XCVII). [Jésus à un scribe pieux :] « La promesse du Messie faite à notre père Abraham concerne la descen­dance d’Isaac ou celle d’Ismaël » [Le scribe dit que, dans le « vrai Livre de Moïse» qu’il a consulté] « Il est écrit qu’Ismaël est le père du Messie, tandis que le père de celui qui annoncera le Messie est Isaac» (CXC) « Je suis le serviteur de Dieu et je désire servir l’Envoyé de Dieu que vous appelez le Messie» [Le Grand Prêtre :] « Nous voulons savoir une chose à propos du Messie» [ ... ] «Que cherchez-vous à savoir sur le Messie ? Peut-être un mensonge ? Je ne te dirai certainement pas de mensonges [ ... ] Et comme je dis la vérité, vous me haïssez et cherchez à me tuer.» (CCVI). « Le fils d’Abraham était Ismaël, dont devra descendre le Messie promis par Abraham, afin que tous les peuples de la terre soient bénis à travers lui.» (CCIX).

 

(7) « Dis-moi, frère [demande Jésus à un scribe pieux], la promesse du Messie faite à notre père Abraham concerne-t-elle la descendance d’Isaac ou celle d’Ismaël? « [Le scribe réponde que] « le père du Messie est Ismaël.» (CXC) : ainsi est-il dit dans un exemplaire non altéré du Livre donné par Dieu à Moïse. Et Jésus dit encore « Croyez-moi, parce que je vous dis la vérité: la promesse fut faite pour Ismaël, non pour Isaac» (XLIII).

 

(8) Le jour du Jugement, dit Jésus, Muhammad parlera ainsi: «Je T’aime et je T’adore, ô mon Dieu, et de tout mon cœur et de toute mon âme je Te rends grâce, parce que Tu daignas me créer afin que je sois Ton serviteur et Tu as fait tout cela par amour de moi, pour que je puisse T’aimer pour toutes choses, en toutes choses et par-dessus toutes choses [ ... ]. Quand Tu me créas, Tu dis que Tu avais voulu créer par amour de moi le monde et le paradis, les anges et les hommes, afin qu’ils Te glorifient à travers moi, Ton serviteur [ ... ] ». Dans le même passage, les paroles de Muham­mad sont confirmées devant Dieu par Adam, Abraham, Ismaël, Moïse, David et Jésus, lesquels citent pour témoin trois Livres divins: la Torah, les Psau­mes et l’Évangile. On retrouve la même idée aux chapitres LXXXII et CXC déjà cités.

 

(9) H. Corbin, op. Cit., p. 182.

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